MÉTA-BOTANICA

Méta-botanica
Méta-botanica

Auteur : Yannick Guéguen / Date : 22 février 2021

Comment créer des oeuvres qui s'inspirent des dimensions tactiles des végétaux, qui provoquent une écoute plus sensible au monde végétal, tout en sensibilisant à la fragilité des écosystèmes ?

Projet

MÉTA-BOTANICA veut répondre à cet enjeu par un corpus d’œuvres, interrogeant les relations entre le végétal, la botanique et les dimensions tactiles. Ces œuvres d’arts numériques, d’art sonore et d’art immersif visent à questionner notre relation au toucher pour la connaissance du végétal. Elles permettent de porter une attention plus sensible aux dimensions tactiles des plantes et plus largement à la réalité. Les œuvres sont donc créées pour vivre des expériences, mais aussi pour alimenter le processus de recherche scientifique.

Cadre

La recherche-création se base donc sur la botanique. L’apport des théories des ambiances (Jean-François Augoyard), développé notamment par le centre de recherche sur l’espace sonore, constitue un bagage théorique qui me permet aussi d’appréhender les phénomènes sensibles. Les réflexions en géopoétique (Kenneth White), théorie-pratique transdisciplinaire, qui questionne le rapport Homme-Terre est aussi un cadre de référence intéressant. Les recherches de Pierre Schaeffer, musicien, chercheur et père de la musique concrète et électroacoustique, servent plus précisément à qualifier les éléments sonores. Le tableau récapitulatif du solfège des objets musicaux dans son livre « Traité des objets musicaux : essai interdisciplines » constitue une référence importante de ce projet.

Méthodologie

La méthodologie adoptée s'appuie sur des expériences in situ et des analyses de caractérisations des sensations. Comment les bases, les terminaisons, les formes des feuilles et leurs pilosités influent-elles sur l’appréhension du toucher? Est-ce que la dimension sonore peut entrer comme un paramètre dans la caractérisation des plantes? Des échantillons sonores liés aux plantes sont organisés pour analyser les textures sonores et créer des matrices. Ces dernières permettent de qualifier les dimensions tactiles et sonores des plantes et des descripteurs tactiles servent à classer le matériel. Ce savoir scientifique alimente la création dans un aller-retour constant.

Trois œuvres sont créées pour réaliser ce corpus.

La première œuvre est basée sur des extraits sonores de plantes enregistrées par frottement, froissement, effleurement, sifflement selon les cas. Les extraits sonores sont sélectionnés pour former une matrice de 36 cases, croisées avec l’identification des plantes qui ont servi aux enregistrements. L’objectif de cette œuvre est multiple. D’une part, l’intention est d’observer comment le toucher et le son permettent d’identifier les plantes, mais aussi de qualifier ses caractéristiques botaniques, pour en donner une définition plus complète. Dans le toucher, l’action pour produire le son et l’action peut être différente selon la nature de la plante. Le geste peut donc aussi révéler une caractéristique botanique et la résultante de l’action peut aussi amener des considérations olfactives. La relation entre la capture sonore et le geste d’appréhension des caractéristiques botaniques est donc ici analysée. Les matrices rendent compte des dimensions de chaque plante et de leur relation entre elles. D’autre part, d’un point de vue musical, les extraits sonores sont classés à partir de la réinterprétation du tableau récapitulatif du solfège des objets musicaux de Pierre Schaeffer. Ce tableau permet de qualifier et d’évaluer les objets sonores. Notamment, ils peuvent être classés selon des critères de perception musicale comme la masse, la dynamique, le timbre, le profil mélodique, le profil de masse, le grain, l’allure, mais aussi selon les types morphologiques, les genres, la hauteur, l’intensité, la durée. Je vais donc classer les extraits en fragments et les organiser dans un tableau à deux entrées croisées. Un aller-retour entre la caractérisation des plantes et le classement des extraits musicaux est réalisé afin de valider les caractérisations, les captures et les analyses. Ces deux tableaux sont fusionnés afin de rassembler l’analyse sur le terrain et celle de l’écoute des extraits. Des dessins de plantes, les matrices des plantes, sont dessinés avec des outils numériques pour identifier les motifs, formes des feuilles, leurs bases et leurs terminaisons, les nervures et les pilosités. Ces motifs servent à créer une expérience artistique et invitent à l’observation. Ils sont dessinés aussi sur une matrice hexagonale. Chaque motif de la matrice, 36 hexagones peuvent être scannés avec un téléphone pour déclencher les sonorités reliées. Le déclenchement en réalité augmentée s’effectue par détection d’images. Dans l’application, une carte se remplit pour inventorier les sons déjà relevés et entendus. Un autre mode permet d’écouter la succession de sons de manière linéaire et temporelle, selon l’ordre où les motifs se sont déclenchés. Cette partie en réalité augmentée a déjà été testée dans un projet précédent et donc pour simplifier nous reprenons la base de ce projet (voir l’application Hexplore dans la documentation vidéo). Les visuels sont bien entendu nouveaux et reprennent les différentes dimensions des formes et de la pilosité des plantes. Des mini-échantillons tactiles sont créés, notamment avec une imprimante 3D, sous la forme d’étiquettes d’identification de plantes. Ces échantillons reprennent les caractéristiques tactiles des plantes, des micropilosités pour les explorer dans une approche biomorphique. Les formes hexagonales sont implantées dans le modèle 3D pour servir de marqueurs pour le déclenchement d’événements interactifs. Ces formes hexagonales et étiquettes peuvent être installées dans un jardin intérieur dans le cas d’une exposition en salle, dans les serres d’un jardin botanique ou bien dans jardin extérieur pour inviter à une flânerie.

Prémisses

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Bases et terminaisons des feuilles

Comment les bases, les terminaisons, les formes des feuilles et leurs pilosités influent sur l'appréhension du touché?

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Formes des feuilles

Est-ce que la dimension sonore pourrait entrer comme un paramètre dans la caractérisation des plantes?

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Pilosité des feuilles

Alain Jouy et Bruno de Foucault, Dictionnaire illustré de botanique, Éditions Biotope, 10/2016

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Tableau récapitulatif

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Détail 1

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Détail 2

Pierre Schaeffer, Traité des objets musicaux : essai interdisciplines, Paris : Éditions du Seuil, 2002, c1966

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Inventaire et échantillonnage

Matrices et échantillons permettant de qualifier les dimensions tactiles et sonores des plantes.

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Matrice de caractérisation & descripteurs

Comment une matrice pourrait permettre de classifier les différentes dimensions tactiles des plantes ? Quels seraient les descripteurs pour créer l'échelle de valeur ?

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Voir flou

Que serait la botanique pour une personne aveugle? La dimension tactile l'aiderait-elle à qualifier les plantes?

La deuxième œuvre s’intéresse toujours aux dimensions tactiles des plantes, mais aussi aux dimensions visuelles et colorimétriques. Les couleurs, les textures et la pilosité des plantes servent à développer un projet en vidéomapping. Une projection vidéo utilise la surface des plantes pour projeter des couleurs, des formes et des micropilosités animées. Avec les jeux de masques et de délimitation de la projection, les contours des feuilles servent de limites pour la projection de différentes animations. L’objectif ici est d’opérer une transmutation des plantes par l’ajout de cette nouvelle réalité visuelle, mais aussi de souligner les détails des plantes en lien avec notre problématique. L’animation souligne l’existant et l’amplifie. Avec des formes simples en mouvement, les analyses qui sont réalisées sur la structure des plantes permettent une lente métamorphose du végétal pour attiser l’œil, mais aussi inviter le public à observer les micro-détails des plantes. Des extraits sonores de l'œuvre précédente, une composition sonore est développée avec les techniques de création sonore, notamment la synthèse granulaire, mais aussi le filtrage de certaines fréquences. La composition accompagne la projection. Plusieurs contextes pourront accueillir le projet : un jardin intérieur de plantes sélectionnées pour les surfaces des feuilles, leurs couleurs, leurs textures, une serre, un jardin extérieur.

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Textures et nervures

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Couleurs et pigmentation

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Pilosité

La troisième œuvre s’inspire des arborescences des plantes et des fractals. Inspirés des travaux de recherche en informatique théorique inventés en 1968 par le biologiste hongrois Aristid Lindenmayer, des modèles de plantes sont élaborés selon des L-système ou système Lindenmayer dans un logiciel 3D. Les modélisations sont basées sur un système d’écriture des récurrences, des arborescences, des processus de développement et de croissance et évoluent en fonction de nouvelles générations. Le résultat donne des plantes modélisées en trois dimensions, mais qui peuvent évoluer selon des changements de paramètres. Les spécimens sont dupliqués selon une trame de points pour former un monde végétal. Avec un casque de réalité virtuelle, le visiteur est donc amené à explorer un jardin virtuel, composé de plantes à différentes strates, un monde dense et plutôt minimaliste. Sur ces végétaux, des micropilosités sont distribuées autour des arborescences avec des couleurs vives pour devenir bien visibles. Le spectateur explore un monde comme s’il le voyait avec un microscope. Ces micropilosités sont créées avec les outils de création de cheveux d’un logiciel 3d (Houdini fx) et en quelque sorte détournées de leur usage premier. En utilisant les propriétés des cheveux, des interactions sont sollicitées pour un toucher virtuel. Le spectateur évoluant dans cet univers, pénètre dans un monde fragile et son action produit des sonorités au contact des plantes. Ses mouvements altèrent l’univers fragile, se fracturant au contact de son corps. Ses gestes doivent donc être mesurés. En contrepartie, frottements et bris des plantes produisent des sonorités intrigantes. Les extraits sonores sont tirés de la première œuvre, à partir de la captation de frottements et de brisures réelles. Un mode aussi plus interactif est aussi envisagé, pour que le spectateur puisse créer ce monde en le faisant croître ou en modifiant des paramètres du développement de la pilosité. Les trois œuvres présentées offrent chacune une approche particulière par rapport à la dimension tactile en relation avec le végétal. Approche plus analytique pour la première, plus sensorielle pour la deuxième et plus expérientiel pour la dernière.

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L-system

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L-system et pilosité

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